Les changements de paradigme en éducation
Depuis l’arrivée de la pédagogie communicationnelle en enseignement des langues, nous travaillons par compétences. L’enseignement est structuré en actes de parles, qui doivent motiver l’apprenant en le confrontant à des situations de sa vie quotidienne. En ligne, je travaille avec un grand nombre d’adultes qui souhaitent apprendre le français pour un séjour en France. A ma grande surprise, j’ai appris hier que ma compétence « demander son chemin » et « comprendre des directions » est totalement obsolète. En effet, pour les JO, la RATP a équipé tous ses agents de traducteurs spécialisés :
« C'est un
logiciel-maison, spécialement développé pour la RATP. Tradivia, c'est son
nom (…) . En deux clics, le voyageur peut enregistrer sa question dans sa
langue natale, elle est retranscrite et traduite en français. Puis l'appareil
reproduit l'opération dans l'autre sens pour la réponse. »
Voilà un exemple de changement
externe qui me questionne sur ma posture d’enseignante. En effet, dans la
définition de Lameul (2016), la notion de posture comporte 3 dimensions, dont
la première est la « croyance » : « ce à quoi l’enseignant
croit en matière d’enseignement et d’apprentissage (croyance) » Quelle est
ma posture si je ne crois plus à la nécessité d’apprendre cette compétence
(demander son chemin) ? Quelle devrait être alors mon intention et mon action (comment
se servir d’un traducteur ?) ?
« Le développement de
l’usage du numérique relève d’une révolution culturelle qui met en cause les
structures et l’organisation de l’action humaine et le rapport à la réalité. »
(Lameul, 2016) La réalité des enseignantes et celle de nos apprenants diffère
de jours en jours.
Les acteurs de l’enseignement essayent
de s’adapter à ces changements en intégrant le numérique, mais sans une remise
en cause fondamentale. L’étude Educause (2019) note un paradoxe similaire :
« Faculty use technology, but not always the kind students own.” (Gierdowski,
2019) Dans ce monde numérique, nos apprenants trouvent des moyens pour
apprendre plus efficacement. Nombreux ceux sont qui se servent par exemple d’applications
pour mémoriser le vocabulaire. Ces applications sont d’autant plus efficaces
que vous pouvez non seulement travailler de façon ludique, mais aussi enregistrer
votre progression ou travailler avec une transcription audio. Les apprenants
sont autonomes sur leur apprentissage et peuvent adapter l’outil à leurs
besoins, leur niveau et leurs préférences. Pourquoi ne pas valoriser dans un
contrôle continu par exemple le temps qu’ils passent sur cette application plutôt
que de dénigrer l’outil?
Références
Gierdowski, Dana C. ECAR Study
of Undergraduate Students and Information Technology, 2019. Research report.
Louisville, CO: ECAR, October 2019.
Geneviève Lameul, « Postures
et activité du sujet en formation :
de l’intention au geste professionnel », Revue internationale de
pédagogie de l’enseignement supérieur [En ligne], 32(3) | 2016,
mis en ligne le 20 décembre 2016, consulté le 26 janvier 2024. URL :
http://journals.openedition.org/ripes/1160 ; DOI : https://doi.org/10.4000/ripes.1160
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